Nos chats nous aiment-ils ?

C’est la grande mode, maintenant, chez les éthologues et les spécialistes du comportement du chat : nous sommes anthropomorphistes, et les chats n’éprouvent pas d’amour pour nous, c’est une simple “projection” de notre part.

Généralement, ces explications sont basées sur des joyeux mélanges de concepts qui n’ont rien à voir, tout comme sur une ignorance profonde de la biologie humaine. Surtout, elles partent d’une idée préconçue sur “l’amour”, qui n’est absolument pas défini, et qui devrait, par essence, parce que nous sommes humains, être différent – et supérieur – aux émotions qu’éprouvent les chats.

Évidemment, pour essayer d’arriver à réellement répondre à cette question, il faut d’abord définir l’amour humain.

L’amour entre biologie, conditionnement, sentiment et émotion

L’amour est une émotion, c’est-à-dire, reprenons la définition donnée par Wikipedia, qui résume assez bien la chose, suffisamment pour poser le problème :

L’émotion est une expérience psychophysiologique complexe de l’état d’esprit d’un individu lorsqu’il réagit aux influences biochimiques (interne) et environnementales (externe). Chez les humains, l’émotion inclut fondamentalement “un comportement physiologique, des comportements expressifs et une conscience

Et, sur une autre page, la précision

Le sentiment est la composante de l’émotion qui implique les fonctions cognitives de l’organisme, la manière d’apprécier.

Tout est dans cette “conscience” et ces “fonctions cognitives”, dont les chats seraient dépourvus, et pas les humaines.

Donc, parce que le chat n’aurait pas conscience de lui-même, il n’aurait pas la capacité d’aimer, et ce que nous prenons pour des sentiments ou des démonstrations d’affection serait en réalité de purs comportements instinctifs, que nous caractérisons comme des preuves d’amour, par anthropomorphisme.

Il y a un peu de vrai, et beaucoup de faux.

Cette théorie de l’animal incapable de sentiment parce que dépourvu de conscience “comme un homme” coince très vite.

Un chat peut avoir peur, un chat peut avoir confiance, un chat peut jouer, il peut être en colère, agressif… mais, parce que l’homme est un être pensant, “le seul de son genre”, un chat ne pourrait ressentir ni de la joie, ni de la tristesse, ni de l’amour ?

D’autre part, plus nos recherches sur le monde animal avancent, plus nous découvrons que certains d’entre eux sont capables, justement, d’une conscience d’eux-mêmes, d’échanges complexes, de créer une culture… de même qu’on disait que les noirs n’avaient pas d’âme, notre vision des animaux reste très limitée par notre manque de connaissance de leurs moyens de communiquer.

Les bases biologiques de l’amour

Même nous, les êtres humains conscients, ne sommes pas des purs esprits. L’amour est lié à des phénomènes physiques complexes, les hormones, phéromones, odeurs, jouent un rôle important dans nos sentiments. L’amour maternel n’est pas inné, quand notre cerveau est endommagé nous arrêtons de ressentir tel ou tel sentiment… disqualifer donc l’attachement animal parce qu’il serait “instinctif” est idiot, parce que le nôtre l’est tout autant. Nous rationalisons après coup…

L’amour n’est jamais totalement altruiste

L’autre grand argument qu’on sort d’un air malin pour expliquer que les chats ne nous aiment pas c’est celui de l’intérêt.

Oui il vient te voir, mais c’est parce que tu lui donnes à manger… arrêtes de le nourrir et tu verras !

 

Eh bien j’ai vu… Il se trouve que, pendant presque un an, j’ai dû abandonner Mademoiselle Pompon. Qui a été prise en charge avec amour, tendresse et croquette par mon deux-pattes de mari. Le jour où je suis rentrée, Mademoiselle Pompon m’a saluée avec affection, et le soir même, elle délaissait le deux-pattes restaurateur pour moi. Aujourd’hui, notre organisation fait que c’est plutôt lui qui nourrit Mademoiselle Pompon.

Si elle sait m’abandonner dès que le deux-pattes se dirige vers la cuisine, au cas où, je reste son humaine de prédilection, le premier choix pour les calins, caresses, ronrons et patounages.

Même chez les humains, l’amour purement altruiste est rarissime. Et considéré comme malsain, d’ailleurs. Si quelqu’un ne s’occupe pas du tout de vous, ne vous accorde pas d’attention, ne vous fait pas de bien, vous allez vous détourner de lui, non ?

Pourquoi ce qui semble normal pour l’amour humain deviendrait-il la preuve que les animaux ne savent pas aimer ?

La “conscience” animale

On rentre là dans un grand domaine inconnu.

Ce qu’on sait, c’est que peu de races d’animaux sont capables de se reconnaître dans le miroir. Que la plupart des animaux se détachent presque immédiatement d’un cadavre qu’ils ne “reconnaissent pas”. Que peu de races d’animaux savent utiliser des outils.

En dehors de cela, on ne sait presque rien. Les progrès de la science nous font découvrir peu à peu des modes de communication animale que nous n’imaginions même pas.

La “conscience” c’est un peu comme un joker. Ce serait un truc propre à l’homme et par conséquent l’animal n’aurait pas de conscience.

Bon… Avoir mal, avoir peur, oui. Aimer non ?

L’amour est tout autant instinct que la souffrance ou le bien-être (qui peuvent tout autant se raisonner et se “conscientiser”)

Alors est-ce que Mademoiselle Pompon m’aime ?

Je n’en sais rien. Je sais qu’elle manifeste sa satisfaction à me voir, indépendamment de toute croquette, qu’elle recherche ma compagnie, qu’elle a confiance en moi, qu’elle ronronne et béatifie régulièrement. Et ça me suffit.

2 commentaires
  1. prévault a dit :

    la conscience du chat est une réalité pour celui ou celle qui prend conscience que l’attirance, le désir, et autres phénomène s engendrent un échange affectif et un développement psycho-social qui fait que le chat peut comprendre certaines paroles , comportements etc… Par expérience , l’animal félin acquiert son intelligence au contact de celui ou celle qui accepte de voir en lui un être vivant et non pas une simple machine sur pattes! la prise de conscience de l’humain en regardant les yeux du chat montre qu’un échange se fait , ce doit être un ressenti , et là, nous avons affaire a un être respectable et respectueux si nous lui montrons notre propre respecpect envers sa personne… etc…

    10 avril 2016
    Répondre
  2. Cristina a dit :

    Bonjour,
    Les corbeaux peuvent reconnaître un visage humain deux ans après l’avoir vu, et un chat qui vit avec nous depuis plus de dix mille ans…
    Le monde est remplit d’abroutis.
    A cela il faut ajouter la discrimination évidente qui subi le chat par rapport au chien.

    Un exemple classique :
    “le chat est traître, il est en train de te lécher et l’instant d’après il te morde”.

    Le chat n’est pas traître, c’est le deux pattes moyen qui est crétin.
    Comme on ne part pas au USA avec un dictionnaire russe, on ne devrait à logique s’attendre que un chat parle le chien.
    Mais c’est cela que la plupart des gens font.
    Si les gens avaient utilisée le dictionnaire chat ils aurait évité de se faire mordre, parce-que ils aurait comprit le message du chat : “fût moi la paix ou je te mord”.

    Moi je sais que mes “précieuses” m’aiment. Elles supportent mes bourdes de deux pattes inexpérimentée, et mes pardonnent (après avoir un peu boudé).

    (Petite pause dans ma rédaction… )
    Je viens de commander chez mon libraire un dictionnaire deux pattes / chat.
    J’ajoute un lien sur un post qui décrit très bien le contenu du livre. Etant nouvelle sur ce blog je ne sait pas si on ne a déjà parlé. Moi, j’ai trouvé cela en faisant une rapide recherche sur google. (http://www.grelinettecassolettes.com/2015/10/dictionnaire-bilingue-francais-chat.html)

    Je vais émerveiller mes “précieuses”. J’ai hâte.

    26 août 2016
    Répondre
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