S’entendre comme chien et chat

Cette expression est synonyme de « se détester ». Or il y a plein d’exemples de chats et de chiens qui s’entendent bien, qui s’aiment même.

Un chat tigré couché à côté d'un gros chien noir
Grand amour et sieste au soleil

Le colley et le chaton

Dans ma (lointaine) jeunesse, mes parents avaient un jeune colley, puis une petite chatte tigrée est arrivée à la maison. La vie des chattes à la campagne étant ce qu’elle est, la demoiselle n’en fut bientôt plus une, et elle rentra le bidon arrondi, de plus en plus arrondi de jour en jour. Mes parents firent ce qu’on faisait souvent en ce temps là, ils se débarrassèrent de la portée, sauf un petit chaton, tout noir aux yeux bleus, qui fut bien évidemment appelé Moïse.

Mais voilà, Madame maman de Moïse était une jeune chatte, à l’instinct maternel moyennement développé. Ou bien elle avait été troublée par la disparition de cinq chatons sur six. Toujours est-il qu’elle oubliait souvent Moïse, un peu indifférente à ses miaulements stridents de chaton explorateur mais un peu perdu.

Jeune chaton dans la gueule d'un berger allemand
Ce berger allemand transporte un chaton de type « Gratton« . Le chaton est inerte comme s’il était porté par sa mère

Et hop, à chaque fois que Moïse miaulait, et que Madame maman de Moïse continuait à se prélasser au soleil sur son banc de pierre, le colley saisissait délicatement dans sa gueule le petit chaton (qui ne se débattait pas plus que si sa mère l’avait transporté par la peau du cou), et le déposait dans les pattes de Madame maman avec un air réprobateur, sur le thème « toutes les mêmes à courir le guilledou, mais pour assumer les conséquences, il faut un mec, un vrai » !

Madame maman partit un soir suivre un autre matou, et Moïse fut adopté par une voisine. Il lui resta de son enfance peu commune, équivalent animal du « Mariage pour Tous », une absence totale de crainte envers les chiens, qui faillit plusieurs fois lui coûter cher.

Le colley, de son côté, avait la nostalgie de sa copine et de son chaton. En promenade, à chaque fois qu’il croisait un chat, il se précipitait vers lui la queue au vent, pour jouer, et se retrouvait bien déconfit, le museau tristement baissé, devant les feulements et gros dos hérissé de poils du matou.

Matou assurément terrorisé par l’arrivée de ce monstre nettement plus gros que lui, dont les aboiements devaient lui rappeler d’autres courses très désagréables.

Alors que mes parents n’avaient strictement rien fait de spécial, cette histoire prouve que des animaux habituellement méfiants ou agressifs l’un envers l’autre peuvent très bien s’entendre.

Un chien pousse un chat du bout du museau
« Viens jouer »… un chien cherche gentiment à pousser un chat de son coussin

Alors pourquoi, en général, chats et chiens s’affrontent-ils, et comment faire pour éviter cela ?

Le solitaire et l’animal de meute, le prédateur et la proie

Le chat et le chien sont deux animaux qui ont un mode de fonctionnement totalement différent.

Le chat est un animal solitaire et sociable, mais qui n’établit pas de hiérarchie formelle au sein d’un groupe, comme le chien dans la meute. Il voisine avec d’autres chats, mais avec un mode de relation beaucoup plus souple, donc moins structuré que le chien.

Un chaton menace un chien, toutes griffes dehors
D’abord la truffe, puis les yeux !

Mais surtout, le chat, en général de plus petite taille que le chien, est autant une proie qu’un prédateur. C’est un animal doublement sur le qui-vive, qui guette autant sa souris que celui qui voudrait le transformer en repas du soir.

En cas de danger, il a l’habitude de se sauver, sans demander son reste. Le chien, lui, va entrer dans une série d’intimidations, puis se coucher et se soumettre, s’il se sent plus faible. Un chat ne fera jamais cela. S’il ne peut pas fuir, il va au contraire se transformer en furie… et, dans bien des cas, poursuivre à son tour un chien très surpris de l’agressivité et de la virulence de cette petite chose.

A juste titre. Un chat acculé devient une véritable furie, tout à fait capable de crever les yeux d’un chien. Il a, par rapport au chien, l’avantage d’être plus agile et de pouvoir plus facilement sauter en l’air. Cela en fait un adversaire redoutable.

Note de la Deux Pattes : j’ai même vu, une fois, un husky fuir devant la « meute » de mes quatre chats, décidés à ne pas supporter cet intrus sur leur territoire !

Un chat frotte sa tête contre le museau d'un chien.
Les chats se saluent en se frottant le haut du crâne, tête un peu baissée. Les chiens ne connaissent pas ce comportement.

De plus, comme l’explique très bien le site Chien.fr, le mode de communication des deux espèces est totalement différent.

Pour le chien, on l’a vu, se coucher sur le dos est synonyme de soumission, pour le chat, c’est plus une façon d’accueillir et d’inviter à la caresse un deux pattes particulièrement apprécié.

La position de la queue n’a pas la même signification, le chien la lève en signe de joie, le chat, quand elle est très droite, manifeste une gêne. Pour le chat, une position en hauteur n’est pas un signe de dominance, mais de prudence, etc.

Comment faire pour faire mentir le proverbe ?

La solution la plus simple : celle de mes parents, élever de jeunes animaux ensemble. C’est d’ailleurs ce qui se passait autrefois dans les fermes, où chats et chiens cohabitaient.

En effet, pour tous les animaux, y compris les chats et les chiens, il y a une période dite de familiarisation et d’imprégnation, où l’animal va apprendre à connaître son entourage, s’accoutumer à des bruits, des odeurs et d’autres espèces animales, comme l’homme… ou le chat ou le chien. Sauf expérience désagréable, une fois adulte, il acceptera bien tout ce avec quoi il aura été familiarisé. Les espèces avec lesquelles il aura été en contact seront considérées comme des « semblables » ou « assimilés ».

Un petit chat tigré gris et blanc dans les pattes d'un gros chien blanc
Le chat se sent parfaitement protégé par son ami.

Mademoiselle Pompon ayant perdu sa mère avant d’être sevrée, la Deux Pattes est devenue une mère de substitution, et un attachement très fort s’est développé entre elles. Mais comme Mademoiselle Pompon était en contact avec les autres chats de la Deux Pattes et ses frères et soeurs, et que tous les amis de la Deux Pattes venaient roucouler d’admiration devant eux, elle a été correctement socialisée.

Cette période dure environ jusqu’à la neuvième semaine chez le chaton, jusqu’à quatre mois environ chez le chiot. Au-delà, les comportements de base de l’animal commencent à se figer.

Dans un cas normal, c’est la responsabilité de l’éleveur de bien socialiser les jeunes animaux. C’est pour cela qu’il est important de ne pas acheter des animaux dont l’origine n’est pas connue, on risque de mauvaises surprises.

Un chat et un fox terrier, en grande conversation
Et alors, elle m’a dit que…. Non, incroyable !
Même d’espèces différentes, les animaux se comprennent. C’est le thème des Dialogues de Bêtes, de Colette

Pour des animaux adulte, tout dépend de leur passé. Mais normalement, des animaux dont le caractère n’a pas été abimé par des violences ou par le stress peuvent apprendre, au minimum, à cohabiter paisiblement, en s’ignorant. La stratégie de présentation n’est pas différente de celle qu’on utilise pour présenter des chats adultes : les mettre dans des pièces séparées, pour qu’ils s’habituent d’abord à leurs odeurs respectives et à leurs bruits, puis les mettre en présence, en surveillant de loin et en intervenant le moins possible.

Un chat à côté d'un colley couché
Ici, c’est le chat qui semble protéger le colley !
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