Gesualdo, petit chat noir aux yeux dorés

Le troisième chat de ma vie, Gesualdo, n’habite pas chez moi, mais chez un de mes copains de fac, et je suis régulièrement chargée d’aller nourrir la petite bête quand le copain en question s’absente. Il dispose d’un studio confortable, au premier étage d’un vieil immeuble avec vue sur Saint Eustache (on est en un temps que les moins de vingt ans etc. où les prix de l’immobilier laissent encore aux étudiants la possibilité de se loger décemment en plein coeur de Paris) et je profite souvent de ses absences pour échapper à l’appartement parental qui me pèse.

J’ai finalement peu de souvenirs de Gesualdo, en dehors de son nom, hérité d’un compositeur italien de la fin de la Renaissance, dont mon camarade appréciait la musique. Et surtout de nos longs calins en tête-à-tête. Quand j’allais le nourrir, ce petit chat n’avait rien de plus pressé que de sauter dans mes bras pour ronronner. Notre rituel était bien rôdé, je faisais plus ou moins la même chose que son Deux Pattes officiel : me prendre un livre, mettre un CD et m’allonger sur l’amas de coussins qui tenait lieu de canapé, par terre. Selon la période de l’année, près de la fenêtre ouverte, ou près du radiateur électrique.

Gesualdo avait donné un coup de langue poli à sa pâtée, il ne manquait de rien et vérifiait juste que je lui donnais la qualité habituelle, puis il traversait la pièce, de son pas sautillant de jeune chat pressé et sautait sur mon épaule, pour commencer à ronronner avant même que je le caresse.

Je ne sais plus ce qui lui est arrivé. Le Deux Pattes est parti faire son VSN au Canada, j’ai récupéré le studio, mais pas le chat. A-t-il été donné à quelqu’un de la famille ?

Gesualdo m’a donné sa tendresse et son élégante beauté. Il m’a appris à quel point les chats noirs peuvent être beaux, et que la seule superstition qu’on doit avoir à leur égard est de les rendre heureux. Par sa façon de m’accueillir et de rechercher les caresses plus que la nourriture, il m’a permis de comprendre, très tôt, que les chats ne sont pas faits pour être laissés seuls dans un appartement. S’ils s’accommodent de la situation, ils ne l’apprécient pas et s’ennuient. De l’ennui de Gesualdo date ma décision de ne pas avoir de chat solitaire.

Enfin, de façon indirecte, Gesualdo m’a donné accès à tout un répertoire musical qui était en pleine redécouverte à l’époque. La discothèque de son Deux Pattes était remplies d’oeuvres baroques et de la Renaissance, et j’en ai, encore aujourd’hui, gardé le goût !

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