Vanessa et Koubbie

Les chats de ma vie… Vanessa et Koubbie ont été les deux premières chattes de ma vie, et elles n’y sont pas restées très longtemps, ma mère ne souhaitait pas avoir des animaux à la maison. A l’époque, aussi, mes parents avaient beaucoup de problèmes d’argent, et pas envie de rajouter une charge financière supplémentaire.

Nous habitions quai de la Mégisserie, j’aimais les animaux, les vitrines des animaleries étaient une tentation permanente. A l’époque, on ne savait pas vraiment à quel point c’était une bonne idée d’acheter un animal dans ce genre de magasin (oui, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, etc.). Régulièrement, je faisais un tour dans une animalerie ou l’autre, en amour devant les chiots et les chats. En particulier, en bas de la maison, le Paradis des Oiseaux, fermé depuis à cause des mauvais traitements que Jean-Pierre Lieuvin, son propriétaire infligeait aux animaux, pour lesquels il a été condamné deux fois.

Petite fille devant des chiots en cage dans une animalerie quai de la Mégisserie
J’aurais pu être cette petite fille fascinée par les animaux et trop jeunes pour comprendre leurs souffrances. Il me semble que la photo correspond bien au “Paradis des Oiseaux”.

Mais on ne m’autorisait que des poissons rouges et des canaris. Les premier avaient une capacité de communication réduite, les seconds étaient plus ou moins interdits de sortie de cage, pour ne pas crotter sur les abats-jours et les rideaux ;  et comme j’avais vraiment besoin de câliner un animal, je les sortais malgré tout de la cage, ils s’envolaient, s’échappaient souvent. Je ne sais plus pourquoi, l’option hamster avait été un désastre. Quant au lapin nain, mes parents ne voulaient pas en entendre parler.

Et puis voilà qu’un jour, en rentrant de l’école, je vois en bas de notre immeuble un carton avec des chatons “à donner” : des maîtres qui n’avaient pas envie de noyer des chatons en surnombre (je vous parle d’un temps, etc.) avaient décidé de faire une concurrence déloyale aux animaleries. Par manque d’amateurs, ils bradaient gratuitement les deux derniers, j’ai même eu droit au carton pour les monter 🙂

Mes parents n’étaient pas là, ni l’un, ni l’autre. Mon père appelle, je ne sais plus pourquoi, et je lui raconte mon adoption. La phrase “tu sais, je crois qu’on ne va pas les garder” déclenche d’énormes sanglots, ma mère rentre juste à ce moment-là, panique complètement en me voyant dans cet état. Quand elle comprend l’histoire, rassurée que “cela ne soit que ça”, elle se laisse – provisoirement – attendrir, et accepte de les garder, avec ma promesse de m’en occuper.

Portrait d'un chat bicolore blanc et gris aux yeux dorés
Dans mon souvenir, Vanessa avait moins de gris, mais c’était bien cette couleur !
Portrait de Igby par Quinn Dombrovski (Licence CC BY SA)

La première étape a été de leur donner un nom : j’avais une grise et blanche, ronde, très jolie, qui fut baptisée Vanessa, en hommage au papillon. L’autre était une écaille de tortue mais, ignorants que nous étions, nous l’avions prise pour un mâle. Très joueuse et remuante, elle reçoit le nom de Koubilaï Khan, le chef mongol, transformé en Koubbie, quand le vétérinaire nous apprit que c’était aussi une femelle.

Mais c’était la première fois que ma mère avait des chats, quant à mon père, il avait eu des chats à la campagne. Et à l’époque, les comportementalistes, les conseils pour bien éduquer son chat étaient rares. Le chat n’avait pas encore conquis internet (qui n’existait pas), la grande vogue des animaux de compagnie n’avait pas encore déferlé. Bref, mes parents – et moi – étions assez démunis face à l’exubérance de deux jeunes chatounes, leurs longs “quart d’heure de folie”, le tout dans un appartement bourgeois remplis de meubles de famille et de bibelots.

Entre les sacs de litière à monter au cinquième étage (à l’époque sans ascenseur), les destructions mobilières, ma mère en avait assez de ces animaux qu’elle n’avait acceptée que contrainte et forcée.

Si Koubbie était aussi gentille et caressante qu’extravertie, Vanessa avait un caractère très réservé. Comme nous ne savions pas trop l’éduquer, elle défendait son quant-à-soi à coups de griffes, elle avait du caractère, et pas très bon.

Portrait d'une chatte écaille de tortue aux yeux verts
Joli pelage de chatte écaille de tortue.
Photo © MK Thomas

Les grandes vacances se passaient dans la maison de ma grand-mère. Les chattes y furent très heureuses, passant une bonne partie de leur temps dans le jardin, à chasser oiseaux, souris et escargots. Ma mère n’avait pas du tout envie de faire le trajet de retour avec deux animaux, une enfant qui n’aimait pas le train, des bagages, bref, on donna sans trop de regrets Vanessa à un apprenti-pâtissier qui habitait à côté et qui l’avait apprivoisée à coup de petits morceaux de croissants et de caresses.

Je n’ai jamais eu de nouvelles, mais je crois qu’elle a été plus heureuse de continuer sa vie campagnarde. Quant à moi, il me restait Koubbie, avec qui j’avais une relation tendre. Cette petite chatte avait le génie de sentir quand j’étais triste, de traverser tout le grand jardin pour venir se blottir dans mes bras, dans une de mes cachettes.

L’année suivante était celle du lycée. J’avais moins de temps à consacrer à Koubbie, la charge de travail augmentait… Dix-huit mois plus tard, ma mère craquait, et m’imposait de donner ma chatet à une vieille tante qui avait perdu son matou.

J’en fus très triste. Koubbie me manqua pendant quelques mois, et puis j’en pris mon parti.

Mais l’amour des chats avait été allumé. Il m’a fallu attendre plus de vingt ans pour en reprendre, le jour où Papillote et Rossini sont entrés dans mon appartement, j’ai ressenti une joie immense, tous les souvenirs de mes câlins avec Koubbie sont remontés.

Ma mère avait fait tout son possible. Je lui avais forcé la main. Sa vie était difficile, elle était fatiguée, elle n’avait pas le temps de développer une amitié avec Koubbie, c’était aussi une amie des chiens. Elle s’était interdit pendant des années de remplacer sa petite teckel, qu’elle adorait, et qui avait été tellement jalouse de moi qu’elle avait dû la donner (alors qu’un comportementaliste, aujourd’hui, aurait réglé la question facilement, je crois…). La présence de Koubbie, je crois, exacerbait son regret de sa petite chienne. Elle a tenu deux ans et demi, elle a tout fait pour s’assurer que les deux chatounes trouvaient de bons maitres, qui les traiteraient bien.

Je n’ai plus aucune photo de Koubbie ni Vanessa. Celles qui illustrent cet article proviennent de Flickr, et les deux chats ressemblent énormément au souvenir que j’ai encore de mes chatounes.

 

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